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Full text of "Lettre de la nation française, à nosseigneurs de la cabale, et avis au roi"











al 



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http://archive.org/details/delanOOfeyd 



•*: 



1 



L E T T RE 

DELA 

NATION FRANÇAISE, 

A N OSS EIGNE URS 

DE LA CABALE, 

E T 

AVIS AU ROI. 



c 



omment, Monfieur le Duc, vous 
dites que nous fommes des J.... f.....! 
Comment, Monfieur le Prince, vous 
dites que nos Repréfentans font de la 
canaille! & lapreuveque vous en don- 
nez, c'eft qu'il y en a parmi eux qui 
n'ont pas 600 livres de rente ! Com- 

A 



■ 



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2 

menr, Meilleurs tels & tels, vous dîtes 
qu'il faudra faire envelopper les Gardes- 
Françaifes par d'autres Pvégimens , les 
décimer, & en accrocher quatre cents 
à des gibets de fix toifes de hauteur! 
& cela parce qu'ils refufent d'égorger 
leurs pères, leurs mères, leurs frères, 
leurs coufins! Vous éces un imprudent, 
M. le Duc; vous êtes un mauvais rai- 
fonneur , M. le Prince; vous êtes de 
fots politiques, Mefïîeurs , tels & tels. 
Eh! oui, M. le Duc, vous êtes un im- 
prudent , très-imprudent , car : 

A peine eutes-vous lâché ces fatales 
paroles dans l'œil - de - bœuf, qu'un 
Citoyen vous répondit : II n'y a qu'un 
/... /...*. qui puffje tenir le propos que 
y ou s tawjt. 

Vous vous fouvenez , M. le Duc , de 
ce que vous répliquâtes : Savc^-vous 
que vous par lc^ au Duc de ***? 

Eh bien ! repartit ce brave Citoyen , 
U Duc de*** ejl un /.../.... 



Que fîres-vous alors , M. le Duc ? 
Vous cherchâtes la porte , & la foule vous 
favorifa. 

M. le Prince, vous êtes un mauvais 
raifonneur. Quoi ! parce qu'un Mem- 
bre de L'Aflèmblée nationale n'aura pas 
600 liv. de rente, il faudra que vous 
Tinfulticz , lui & les Comim-ttans , lui 
& la Nation qu'il repréfente ? Mais, 
M. le Prince , fongez-donc à ce que 
vous dites. Nous favons bien que vous 
& ceux de votre efpèce n'attachent de 
prix qu'aux qualités qui font ceux de 
votre efpèce, & que c'eft l'or qui donne 
ces qualités. Mais leur confeience leur 
dit, & la votre vous dit à vous-même, 
que le Citoyen que fa vercu place au-' 
delfus des richeiïes , n'en eft que plus 
digne de la vénération des hommes & 
des ficelés. Votre confeience vous dit , 
votre fens commun , s'il vous en refle , 
vous apprend, que le Députe qui n'a 
pas $00 liv. de rente, a été porté par 
fon mérite feul , à l'augufte place qu'il 

Ai 



4 
occupe. Vous avez vouîu dire un bon 
mot, M. le Prince, vous avez dit un 
très-mauvais mot. 

Meneurs tels & tels , vous êtes de 
fots policiq les. Audi pourquoi êres-vous 
fi diffipes, li ignorant? Que n'ouvrez- 
vous votre Machiavel? il vous eût 
appris que Tannée oui devient ci- 
toyenne, n'eil ja-nais effrayée par des 
menaces, & fur-tout que l'homme qui 
n'a point dé bras, doitfe garder d'offrir 
un fouflet à fon prochain. 

Savez-vous, Monfieur le Duc, ce que 
c'eftqu'un J....f....? Savez vous, Monlieux 
le Prince, cequec'eftque la canaille? 
Le J....f....eft celui qui provoque d'abord, 
&s^efquiveenfuite. Quant à la canaille,, 
nous la diftinguions autrefois en canaille 
devant & canaille derrière. Les tems 
font changés ; il ne refte plus guère que 
la canaille devant. Tout homme eft Ci- 
toyen , lorfqu'il doit & qu'il pave. Ceux 
qui font des dettes , qu'ils ne payent 



5 
pas ; ceux qui contraient des engage- 
mens aVec la certitude d'y manquer; 
ceux qui vivent aux dépens du Public 
fans avoir jamais été utiles ; ceux qui 
fe font foudoyer par de vieilles chan- 
teufes ; ceux qui courent les boufins, 
filent la carte , efcroquent les filles, 
volent les hôteliers, troquent au fpec- 
tacle leur \/ieux chapeau contre un 
neuf; voilà ce que nous appelions ca- 
naille en bon français. 

Ah ! Monfieur le Duc & Monfieur le 
Prince ! Ah ! Monfieur lePrince & Mon- 
fieur le Duc! vous auriezgrand befoin de 
lunettes pour favoir ce qui f e pafTe au bout 
de votre nez ! Vous êtes auffi aveugles que 
le coufin B"&^ : vous avez les fens aufïï 
obtus que le bon homme Vidaud , qui 
voulant fe mêler de raccommoder nos 
chauffes, plantoit Taiguille dans la chair, 
pour faire mieux tenir la pièce. 

Vous avez beau faire & beau dire, 
Meffieurs de la cabale, nous ferons une 



6 
Nation libre, nous ferons la plus belle 
Nation de Puni vers. Nous avons vu le 
defpotifme pouffer fur nos têtes les 
derniers heurlemens de l'agonie ; nous 
fûmes témoins de fes convuifions ; nous 
le vîmes fe débattre dans les bras d'une 
mort hideufe, tandis que vous fa i fiez 
d'mipuifTans efforts pour le relever. Cette 
canaille, M. le Prince, cette canaille 
qu'on ne peut acheter, quoiqu'elle n'ait 
pas fix cents francs de rente, regarda le 
monftre en pitié, & continua fa marche 
majeftueufe vers notre régénération. 

fm MM —— i ■ 

Monarque infortuné, qui nous aimes 
& re defires que notre bonheur ! tu ne 
l'apperçus pas le monftre; il avoit em- 
prunté à tes yeujc l'image de la vertu. 
Hélas! tu vis bientôt combien on t'avoit 
abufé! Mais eft-il vrai qu^ ces brigands 
n'ont pas perdu tout efpoir de te trom- 
per encore ? Eft-il vrai que les lâches 
ofent ajouter k leurs afFreufes calomnies 
contre tes Peuples? Seroit-il vrai 



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qu'ils euflent eu l'audace de jetter dans 
ton cœur paternel les frayeurs d'un 
aifaffnat ? Amis de fange ! vils fcélérata ! 
excrément de la nature ! quelle puni- 
tion allez rigoureufe pourra vous faire 
expier vos forfaits ! 

Non, non, Prince augufte, Monar- 
que chéri , jamais tes jours ne furent 
plus en fureté ; jamais ta précieufe 
exHtence ne fut plus adorée de tous. Nous 
te portons dans nos cœurs : écoute la 
voix de tes enfans : O nôtre Père! éloi- 
gne des craintes que la fcélérateflè a ré- 
pandues dans tes efprits; éloigne des 
terreurs qui nous outragent. 

VIVE LE R O I ï 



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